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Vitesse, accidents et amour de la ville : coursier à vélo, c’est du sport !

Ils vous apportent vos déjeuners ou vos dîners, vous leur dites "bonjour" et "merci", mais vous n’imaginez pas forcément les sacrifices, les dangers et le rythme imposés par la vie de coursier à vélo. 

Insaisissables, parfois timides mais toujours dans le rush, les quatre coursiers que nous avons rencontrés ont eu du mal à nous accorder ne serait-ce que quinze minutes de leur précieux temps. Ils ont néanmoins accepté de nous parler de leur quotidien, avant de filer en milieu d’interview pour faire leur "shift" et leur chiffre.

Partez à la rencontre de Thomas, Nordine, Ilan et Boujemaa, les coursiers les plus rapides de Paris.

Ilan, 33 ans, coursier à vélo depuis 1 an et demi

Konbini | Qu’est-ce qui t’a motivé à devenir coursier ?

Ilan | J’ai rencontré une fille qui m’a fait monter sur Paris. Avant ça, j’étais dans la finance, ça ne me plaisait plus. J’ai beaucoup voyagé à vélo en France, ça m’a permis de comprendre la philosophie du vélo. Une fois installé à Paris, coursier était l’une des premières options qui se sont présentées.

La philosophie du vélo, c'est-à-dire ?

C’est une question d’équilibre. À force de rouler, on est amené à réfléchir, à se poser beaucoup de questions. On est très connecté au présent mais on s’évade par la pensée. C’est méditatif et hypnotique, même s'il faut rester vigilant.

Quel est le pire côté de ce job ?

D’être soumis constamment à l’accident, se lever chaque matin en se demandant si on va tomber. L’accident nous pend au nez à tous. Quand tu passes 10 heures sur le bitume, tu es forcément confronté au risque. C’est ça l’angoisse. Parfois, ça me réveille dans la nuit.

Mais il y a aussi de bons moments, limite jouissifs. Le dimanche ou le lundi soir, à partir d’une certaine heure, Paris est vide et je me sens comme un poisson dans l’eau… Je peux accélérer, je mets ma musique à fond, je me sens libre.

Ta meilleure anecdote de coursier ?

J’ai déjà livré des célébrités, dont je tairai les noms.

Tu fais combien de kilomètres par jour ?

Entre 80 et 100 km par jour. Il faut prendre en compte le quartier : tous les jours, je monte au moins quatre fois à Ménilmontant. Et puis, il y a les marches aussi ! Quand tu dois apporter la commande au 6e sans ascenseur, ce n’est pas le même combat.

Tu fais un autre sport à côté ?

Oui, je me forme pour être instructeur de plongée sous-marine.

Tu te considères comme sportif ?

Carrément ! Je fais 55 heures de vélo par semaine, je dois être en speed et sur le qui-vive tout le temps. C’est un lifestyle. Vu que je dois assumer 100 km de vélo tous les jours, je ne peux pas sortir, boire des coups. Ça dicte un peu mon rythme de vie.

Boujemaa, 32 ans, coursier à vélo depuis trois mois

Konbini | Quel est le meilleur côté de la vie de coursier ?

Boujemaa | La liberté. On est indépendant, on travaille quand on veut, c’est ça qui m’a motivé. En travaillant plus, on gagne plus. Et puis, je suis passionné de sport, je fais de la natation en plus du vélo. Il y a aussi un rapport à la ville qui est particulier.

Comment tu décrirais ce métier en quelques mots ?

C’est difficile, il faut être courageux. Ne pas penser aux côtés négatifs et garder le sourire.

Qu’est-ce qui te plaît là-dedans ?

Quand j’étais gamin, je me déplaçais toujours à vélo, du coup, ça me rappelle ma jeunesse. Aussi, la transformation physique est intéressante : on devient plus énergique, plus sec. Mais je crois que ce que j’aime le plus, c’est parcourir Paris. Je connais le quartier par cœur maintenant !

Quelle est la partie la plus difficile de ce job ?

Le danger. On n’est pas protégé, pas assuré. Si on se blesse, c’est pour notre pomme.

Thomas, 28 ans, coursier à vélo depuis 3 ans

Konbini | Tu étais coursier à plein temps ?

Thomas | Non, je faisais minimum deux heures par jour, cinq à six fois par semaine. Quand j’avais besoin d’argent, je ne m’arrêtais pas, je bossais de 11 heures à 23 heures et faisais une cinquantaine de kilomètres en une journée.

Tu as une passion dans la vie ?

Je fais du skateboard depuis une bonne quinzaine d'années. Avec le vélo, justement, je retrouvais un peu la liberté de cruiser dans les rues, comme en skate.

Tu as une anecdote de ta vie de coursier à raconter ?

Ma pire journée, c’était l’année dernière quand Paris était quasiment inondée. Je reçois une commande, il se met à pleuvoir, genre déluge. J’ai roulé dans 50 centimètres d’eau, les voitures n’avançaient même plus. Et là, mon iPhone s’éteint à cause de la pluie. J’ai dû abandonner la course et rentrer chez moi, trempé, avec un iPhone en moins. Dur.

Est-ce qu’il y a de la concurrence entre les livreurs ou plutôt un lien de reconnaissance ?

Il y a plutôt de la reconnaissance. Quand tu n’as pas de course, tu chill dans les zones où tous les livreurs sont postés. Ça discute, tranquille. Après il y a des livreurs qui sont vraiment dans la performance, qui te demandent : "Tu as fait combien de courses ? Moi j’ai fait ci, moi j’ai fait ça…" Et moi je suis là, genre : "Ok, cool…" Ils me font rire.

Nordine, 31 ans, coursier à vélo d’avril 2016 à septembre 2017

Konbini | Qu’est-ce qui t’a motivé à faire coursier ?

Nordine | J’avais un ancien vélo de course que j’adorais. J’avais aussi de bonnes jambes, de bons poumons et je connais bien Paris. C’est ça qui m’a motivé.

Quel est le meilleur côté du métier de livreur ?

À première vue, tu crois que le meilleur côté c’est l’indépendance et de n'avoir personne derrière toi. En fait, ton patron, c’est toi et du coup, il faut être discipliné. Un des bons côtés du job, ce sont les pourboires. C’est tellement rare. C’est motivant. Je faisais tout pour être poli. Quand tu dis au client : "Bonjour, voilà votre commande, bon appétit", ça change tout.

Et le pire côté ?

Bosser malgré la pluie, comme dans tous les métiers en extérieur. Aussi, il y a des restaurants moins agréables à livrer que d’autres. Quand ce sont des soupes, des jus, des bouillons, tu es obligé d’aller moins vite, et ça devient plus ennuyeux.

Tu fais un autre sport à côté ?

Je suis multisport. J’ai fait de l’athlétisme en club, j’étais sprinteur. Mais le vélo c’est particulier, ça devient presque une addiction avec le temps.

La vitesse, ça te plaisait ?

J’adorais ça. Mais c’est limite un inconvénient : je me disais que plus vite je livrais, plus j’aurai de temps pour me reposer entre les courses. Mais c’est l’inverse, dès que tu as fini, ils te remettent une nouvelle course, ça ne s’arrête jamais.

 

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Par Asics, publié le 24/05/2018