Par Paul Bémer

On peut "Just do It" sur tout, mais pas avec tout le monde...

Pour célébrer les trente ans de son slogan "Just do It", Nike vient de sortir une série de publicités où certains de ses athlètes phares illustrent ce mantra à leur manière. Serena Williams, par exemple : "Les filles de Compton ne jouent pas au tennis. Elles le font.". L'actuel champion olympique du marathon aussi, le Kenyan Eliud Kipchoge : "Ne sois pas le coureur le plus rapide du monde. Sois le coureur le plus rapide de l'Histoire." Ou encore Shaquem Griffin, le premier joueur de foot US amputé de la main gauche à avoir été drafté en NFL : "Qui croyait qu'un gamin comme moi pouvait devenir pro ? Moi."

Kaepernick, nike, nike...

Le souci, c'est que la firme à la virgule a aussi mis en avant Colin Kaepernick, l'ancien quarterback des 49ers de San Francisco qui avait lancé le kneeling en posant un genou à terre pendant l'hymne américain pour protester contre les inégalités et les violences envers les minorités. Sans contrat depuis 2016, censuré dans le dernier jeu vidéo Madden, et cible récurrente de Donald Trump qui le qualifie "d'anti-patriotique", Kaepernick fait figure d'épouvantail pour une partie du pays. Celle qui brandit les valeurs patriotiques comme on ouvre un parapluie pour se protéger d'une averse. Alors, forcément, pour cette Amérique conservatrice, voir le visage du kneeling en gros plan avec écrit "Croire en quelque chose. Même si ça implique de tout sacrifier" sur une affiche de l'équipementier officiel de la NFL relève de la provocation. D'autant plus depuis que ESPN a confirmé que cette pub sera diffusée ce soir avant le premier match de cette saison de foot US 2018/19 qui oppose les Falcons d'Atlanta aux champions en titre, les Eagles de Philadelphie.

La réponse ne s'est pas faite attendre et, comme à chaque fois dans cette histoire, elle est venue d'en haut. De tout en haut. De l'actuel locataire de la Maison Blanche pour être précis, Donald Trump : "Je pense que Nike envoie un message terrible qui ne devrait pas être envoyé. Il n'y a aucune raison pour ça." Précisant tout de même que Nike et Kaepernick ont tout à fait le droit de s'exprimer librement : "Dans un sens, c'est le principe de ce pays, d'avoir certaines libertés que d'autres estiment qu'on ne devrait pas avoir. Mais, personnellement, je suis dans l'autre camp." Et d'ajouter que Nike lui "paye un gros loyer" pour son magasin new-yorkais situé dans l'un des buildings que détient Trump. Immeuble que Nike va d'ailleurs quitter prochainement.

Au bûcher !

Toujours est-il que, depuis la publication de cette publicité, des produits Nike sont brûlés un peu partout sur le territoire de l'Oncle Sam. Parfois au ryhtme du Star-Spangled Banner, souvent teinté d'un message politique directement adressé à la firme américaine, et presque toujours accompagné des hashtag "BoycottNike" ou "IStandForOurFlag" (littéralement "Je me lève pour notre drapeau" en VF). Petit florilège.

Courage aux parents pour nettoyer tout ce plastique fondu...

Et une pelouse cramée, une !

Mettre le feu à une poubelle dans son salon... Sérieusement ?

Et le mot de la fin revient à Trevor Noah, dans son émission The Daily Show diffusée sur la chaîne Comedy Central : "Waaaoooh ! Ces gens sont tellement en colère qu'ils décident de brûler leurs propres chaussures... Mais vous êtes au courant que Nike a déjà encaissé votre argent ?"