Priscilla Gneto : "J'ai intégré le Raid des Alizés à ma préparation physique"

Avec ses équipières du "Brazza Gang", l'équipe qu'elle forme avec Flora Coquerel et Muriel Hurtis, Priscilla Gneto vient de venir à bout du Raid des Alizés en Martinique. Malgré une 49ème place un brin décevante, la championne d'Europe de judo 2017 (catégorie -57 kg) s'est bien marrée. Sauf dans l'épreuve de kayak...

Salut Priscilla ! Tu sors tout juste de cinq jours d'épreuves sur le Raid des Alizés en Martinique. Alors, pas trop rincée ?

Priscilla Gneto : Non, quand même pas ! (rires). J'ai de bonnes courbatures, mais ça va, rien d'insurmontable. C'était vraiment difficile, mais je n'en sors pas non plus rincée comme quand je sors d'une compétition.

En tant que sportive de haut niveau toujours en activité, c'était toi la meneuse de l'équipe ?

Oui et non. Disons que j'ai clairement l'entrainement le plus intensif, donc je me devais d'être à la hauteur de les tirer vers le haut. C'est sûr que ce ne sont pas des efforts que les filles - et moi aussi, d'ailleurs - font au quotidien, mais je suis quand même plus souvent confrontée à ce type d'efforts. Donc je devais assurer et les encourager tout du long pour qu'on tienne, même si, moi aussi, parfois, j'en avais marre et j'avais envie de crier "pourquoi je suis là ?". Mais, dans ces moments-là, je regardais mes copines et c'était vraiment un plaisir de voir que la volonté y était aussi de leur côté. Même si il y a un décalage au niveau physique, elles ont fait l'effort d'aller au bout d'elles-mêmes. Et c'était motivant pour moi de les encourager aussi.

© Raid des Alizés 2018

Tu t'es mise une petite pression quand même...

Non, pas du tout. Je crois que c'est le seul évènement sportif où j'accepte la défaite ! (rires). On n'est pas là pour la performance. Le but c'est vraiment de faire parler de l'association qu'on représente, échanger avec d'autres filles. On a rencontré des femmes vraiment supers. Des dames d'un certain âge qui montraient des qualités vraiment "ouf" sur le parcours. Je me suis dit : "mais moi, à leur âge, je ne serais jamais capable de faire ça !" C'est surtout la notion d'entraide qui prime dans ce genre de formule sportive, et c'est ça que j'apprécie vraiment.

Et l'entraide, vous en avez eu besoin, vous ?

Ouais, sur le kayak surtout, c'était l'enfer ! On est arrivées sur l'épreuve à une heure où il y avait énormément de vagues. Des vagues de dingue, ça faisait limite peur ! Donc on a dû perdre dix à quinze minutes au moins au démarrage... On s'est renversées je ne sais combien de fois...On s'est retrouvées perchées sur un rocher au milieu de la mer à pagayer dans le vent en criant : "au secours, au secours !"... Une catastrophe ! Je n'avais qu'une hâte, c'est que ça se termine. C'était horrible. Sept kilomètres en kayak... Interminable !

© Raid des Alizés 2018

Comment juges-tu la difficulté de ce raid, toi qui a l'habitude de la préparation physique, des stages "commando", etc... ?

En fait, ce qui est vraiment dur, c'est de sortir d'une épreuve comme celle-là et derrière de dormir dans des tentes ! (rires) La vraie différence, c'est qu'on n'a pas le confort qu'il faut pour récupérer, et aussi enchainer. Parce qu'on a deux épreuves par jour. Donc quand tu viens de faire un long trail, ensuite du kayak ou du vélo, que tu rentres et tu dors à peine quatre ou cinq heures dans une tente, c'est vraiment fatiguant. C'est surtout ça qui fait la difficulté de l'événement.

Vous avez fait une belle fête pour clore ces cinq jours ?

On a surtout fait des machines ! (rires) Parce que nos affaires empestaient, un truc de dingue ! On s'est ensuite fait un petit apéro entre copines, avant d'aller à la soirée blanche organisée par le staff. On va profiter, s'amuser et bien se reposer avant de reprendre l'entrainement, parce que j'ai une compétition interclubs dès dimanche prochain (une compétition qui regroupe les meilleurs clubs européens, "un peu comme la Ligue des Champions au foot", ndlr)

© Raid des Alizés 2018

Mais ce n'est pas contre-indiqué de participer à un événement comme celui-là juste avant une compet' ?

Non, parce que c'est un peu comme si j'avais "intégré" le Raid des Alizés à ma préparation physique. J'en ai parlé à mon entraineur avant de partir et, s'il ne m'a pas interdit d'y aller, c'est qu'il n'y voyait pas d'inconvénients. Il m'a juste dit de faire attention à ne pas chuter sur la partie VTT, donc je freinais un peu dans les descentes...

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Par Paul Bémer, publié le 03/12/2018