© Instagram Stephanie Gilmore

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De Lisa Andersen aux JO : Stephanie Gilmore revient sur ses plus grandes motivations

À la veille du Maui Pro, l'Australienne nous a accordé un moment pour discuter de son rapport à la compétition, de l'histoire du surf féminin, et de ses prochains grands rêves.

Hossegor, 19 heures, le 6 octobre dernier. Ce soir-là, en parallèle du Roxy Pro France, le Cinéma Le Rex accueille l'avant-première européenne de TROUBLE, un documentaire retraçant l'histoire, à la fois fascinante et déroutante, de Lisa Andersen. Quatre fois championne du monde de surf entre 1994 et 1997, considérée comme l'une des "100 plus grandes sportives du siècle" par le Sports Illustrated for Women, l'Américaine de 49 ans fait indéniablement partie de celles qui ont le plus œuvré pour la reconnaissance du surf féminin – c'est pour elle que, dans les années 1990, Quiksilver décide de créer Roxy, la première marque de surf entièrement dédiée aux femmes.

Dans la petite salle de cinéma, pleine à craquer, se trouvent d'ailleurs ses dignes héritières : elles ont entre 18 et 30 ans, et s'appellent Lee-Ann Curren, Bruna Schmitz, Justine Mauvin, Kelia Moniz ou encore Vahine Fierro. Originaires du Brésil, de la Réunion, d'Hawaï ou de Tahiti, ces Roxy girls se sont aujourd'hui réunies dans le Sud Ouest de la France pour soutenir une autre championne : la numéro 1 mondiale Stephanie Gilmore, qui s'apprête alors à disputer l'étape française du championnat du monde. 

À tout juste trente ans, Stephanie Gilmore est l'une des surfeuses les plus inspirantes de sa génération. Figure phare de l'écurie Roxy, porte-parole du combat pour l'égalité salariale dans le monde du surf, l'Australienne, qui décroche son premier titre mondial en 2007 alors qu'elle n'est encore que rookie (une première dans l'histoire de ce sport), détient aujourd'hui six titres mondiaux. Un prestigieux palmarès, qu'elle pourrait bien garnir d'un nouveau trophée lors de la finale femme du championnat du monde de surf, qui débutera ce dimanche 25 novembre à Maui (Hawaï). Rencontre.

"J'aime ce genre d'instants, où tu es entièrement concentrée sur ton objectif"

Konbini : Comment te sens-tu, à la veille de cette décisive épreuve ?

Stephanie Gilmore : C'est un mélange de beaucoup d'émotions : il y a de l'excitation, de la peur... C'est une posture qui m'est assez familière, puisque dans laquelle je me suis déjà trouvée dans le passé et, en même temps, on ne s'y habitue jamais vraiment – c'est toujours assez éprouvant ! Ceci dit, je suis très heureuse d'avoir l'opportunité de pouvoir remporter un nouveau titre mondial. J'aime ce genre d'instants, où tu es entièrement concentrée sur ton objectif, c'est vraiment très spécial... donc j'essaie d'en profiter au maximum, sans trop penser au résultat [rires].

Il y a effectivement beaucoup d'enjeu pour toi et, en même temps tu as l'air d'être dans un état d'esprit très familial : ta sœur est à tes côtés, toutes les filles du team Roxy sont derrière toi... C'est important pour toi, cette idée d'entourage ?

C'est hyper important, parce que c'est ce qui rend ce voyage si spécial. Le moment où tu remportes ton trophée est un peu fou mais, finalement, rien ne change vraiment une fois ce titre en poche ; donc le vrai truc auquel tu t'attaches durant ce genre de compétition, ce sont tous ces petits moments que tu vis en parallèle, avec les gens qui sont à tes côtés pour partager tout ça.

Donc c'est cool de savoir que ma sœur, que des filles comme Kelia [Moniz, ndlr] et Bruna [Schmitz, ndlr], qui font partie de ma famille Roxy, mais aussi des plus jeunes surfeuses comme Vahine [Fierro, ndlr], contre qui je me suis d'ailleurs retrouvée sur le Roxy Pro, sont à mes côtés. Ce qui est cool aussi, c'est qu'elles ne porteront jamais aucun jugement sur ma performance. Que je gagne ou que je perde, elles s'en moquent. Je sais qu'elles porteront toujours un regard super positif sur mes résultats, et ça, c'est très important.

"Les athlètes dont on se souvient vraiment ne sont pas nécessairement ceux qui ont remporté le plus de victoires"

Tu parlais à l'instant de Vahine Fierro. As-tu l'impression d'avoir un devoir de responsabilité face à ces jeunes surfeuses qui aspirent à construire une carrière comme la tienne ?

Totalement ! Mais de façon assez inconsciente à vrai dire. Je n'ai pas l'impression de "devoir le faire" si tu veux, c'est quelque chose que je ressens de façon naturelle. Parce que c'est incroyable d'être sacrée championne du monde, mais c'est encore mieux si tu peux laisser une trace derrière toi, un héritage grâce auquel tu vas inspirer d'autres jeunes femmes, et les encourager à avoir la confiance suffisante en elles pour se lancer. D'ailleurs, je ne pense pas uniquement aux surfeuses quand je dis ça ! Ça vaut pour toutes les femmes, celles qui liront ton article par exemple.

Pour moi, cet héritage est la chose la plus importante dans une carrière. Les athlètes dont on se souvient "vraiment" ne sont pas nécessairement ceux qui ont remporté le plus de victoires ; ce sont ceux qui ont laissé une trace dans l'esprit des gens, qui les ont inspiré par leur discours, leur comportement, leur attitude... et j'aimerais beaucoup faire partie de ces athlètes.

Et toi, qui sont les athlètes qui t'ont inspirée pour aller toujours plus loin ?

J'ai été énormément inspirée par des surfeuses comme Lisa Andersen, Sofía Mulánovich [la première surfeuse sud-américaine à remporter un titre mondial en 2004, ndlr] et Chelsea Georgeson [sacrée championne du monde en 2005, ndlr], dont je suivais les exploits depuis toute petite.

Par la suite, en grandissant, j'ai eu envie d'en savoir davantage sur l'histoire du surf féminin ; et donc, j'ai plus tard découvert des femmes au parcours exceptionnel, comme Rell Sunn par exemple. Il y avait tellement de surfeuses incroyables à cette époque !

Aujourd'hui encore, bien sûr, Kelia Moniz m'inspire énormément, par exemple. C'est l'une des plus belles surfeuses que j'ai eu l'occasion de voir à l'eau. Mais c'est vrai que, malheureusement, l'histoire du surf féminin n'a été que très peu documenté, et donc je sais qu'il est parfois difficile de trouver l'inspiration...

"Je vais clairement tout faire pour me qualifier aux Jeux olympiques de Tokyo"

As-tu toutefois l'impression que c'est en train de changer, que les femmes sont davantage placées sous le feu des projecteurs dans le monde du surf ?

Oui, c'est vrai ! Je pense que les réseaux sociaux ont beaucoup aidé en cela, car c'est un moyen de documenter l'histoire en temps réel, et donc d'exposer davantage les surfeuses. Mais ça n'a pas été le seul élément. La WSL a beaucoup œuvré en ce sens, ils ont davantage porté leur attention sur les filles ces derniers temps, ce qui a vraiment aidé à développer notre sport.

En juin dernier, la WSL a d'ailleurs annoncé qu'à partir de 2019, surfeuses et surfeurs remporteront et se partageront les mêmes primes sur toutes ses compétitions...

Oui, ça aussi, ça a été une incroyable nouvelle ! Ça va changer beaucoup de choses, je crois, dans la façon dont les gens perçoivent notre sport.

Et les Jeux Olympiques de Tokyo, qui accueilleront pour la première fois le surf, qu'est-ce que tu en penses ?

Oh, j'adorerais y participer ! Et je vais clairement tout faire pour me qualifier ! D'ailleurs, les qualifications vont vite arriver, puisqu'elles se feront sur les résultats du championnat du monde de 2019 – il faut que je sois dans le top 2 australien pour être qualifiée. Ça ne va pas être une mince affaire, mais je vais me donner à fond. Et puis, ça aussi, c'est une superbe nouvelle pour le surf : ça va permettre de faire connaître notre sport à un tout nouveau public. Donc oui, l'idée serait d'y aller... et, idéalement, de remporter une médaille d'or [rires].

À lire -> Le surf va-t-il lancer la vague de l'égalité salariale entre hommes et femmes dans le sport ?

Par Naomi Clément, publié le 23/11/2018

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