Par Randy Assala

On vous aide à y voir plus clair dans le duel qui oppose Donald Trump à une grande partie des joueurs de la NFL – et qui divise profondément les Américains.

Une partie des Colts d’Indianapolis s’agenouillent pendant l’hymne américain, juste avant un match, le 24 septembre. (© Michael Reaves/Getty Images)

"N’aimeriez-vous pas voir l’un de ces propriétaires d’une équipe de la NFL, lorsque quelqu’un manque de respect à notre drapeau, dire 'Sortez-moi ce fils de pute du terrain. Dehors ! Il est viré !'" C’est avec ces mots, prononcés lors d’un meeting en Alabama le samedi 23 septembre, que Donald Trump s’est attiré l’ire de tout un championnat. Le président américain faisait référence à la pratique de rester assis ou de s’agenouiller, lorsque retentit l’hymne américain avant les rencontres sportives (notamment celles qui sont télévisées). Ce geste de protestation, apparu il y a un an, permet aux athlètes de dénoncer le racisme systémique existant aux États-Unis – et tout particulièrement les violences policières contre les Afro-Américains.

Toujours prêt à jouer sur l’extrême susceptibilité de sa base électorale – notamment en ce qui concerne le respect des marques ostentatoires de patriotisme –, Donald Trump s’est insurgé contre cette pratique, afin de se faire acclamer par une foule déjà acquise à sa cause. Il n’aurait pas dû : dans les jours qui ont suivi, bon nombre de joueurs de football américain ont posé un genou à terre, au moment où retentissait "The Star-Spangled Banner", juste avant des matches regardés par des millions de personnes à la télé.

Il faut dire que les footballeurs ont bien été engrainés par leurs artistes musicaux préférés. Comme Diddy, qui a tweeté que "la ligne a été franchie. Il est temps de montrer l’excellence black. Je bénis et soutiens tous les joueurs de NFL, vous avez la chance de faire quelque chose de vraiment grand." Common, OG Maco, Ludacris, LL Cool J, Plies ou encore Twista ont également réagi sur les réseaux sociaux.

Colin Kaepernick, le Rosa Parks du football américain

Pour retrouver la source du "kneeling" et de cet antagonisme NFL-Trump, revenons un an en arrière. Le 26 août 2016 avait lieu un match entre les 49ers de San Francisco et les Packers de Green Bay. La campagne électorale battait alors son plein et Barack Obama était encore président. Colin Kaepernick, quarterback métis de l’équipe californienne lassé de voir ses compatriotes noirs et latinos se faire malmener par la police, décide d’aller à l’encontre de la tradition en restant assis pendant l’hymne national. Kaepernick était déjà célèbre car (en plus d’être bon) il était l’un des rares quarterbacks de couleur – un poste statistiquement réservé aux Blancs, malgré la majorité de joueurs noirs de la NFL.

"Kap" sait de quoi il parle quand il évoque les discriminations raciales : "Je ne vais pas afficher de fierté pour le drapeau d’un pays qui opprime les Noirs. Il y a des cadavres dans les rues et des meurtriers qui s’en tirent avec leurs congés payés", s’était justifié auprès du site de la NFL ce fils de père afro-américain et de mère de descendance irlandaise (et qui fut élevé par un couple de Blancs).

Ce jour-là, Kaepernick a ouvert une véritable boîte de Pandore, s’attirant les foudres des milieux conservateurs et les louanges du camp progressiste. Dans la foulée du match, OG Maco l’a ainsi remercié sur Twitter, "pour être resté assis et pour s’être en quelque sorte levé pour nos droits en tant qu’êtres humains. C’est la vraie essence d’un leader". Ne-Yo et d’autres ont aussi salué le geste du joueur. J. Cole s’est affiché sur scène avec le maillot de Kap pendant sa performance de "A Tale of 2 Citiez", lors d’un concert quelques jours après l’événement. Trey Songz en avait fait de même durant un show à Las Vegas.

Quelque mois plus tard, alors que la polémique faisait toujours rage, Styles P a déclaré sur Twitter : "Plus de joueurs devraient prendre la posture de Colin Kaepernick. F*** l’hymne." De son côté, Joey Bada$$ s’est permis une comparaison des plus élogieuses lors d’une interview radio : "Colin Kaepernick est vraiment important. On n’a pas vu d’athlètes se lever et exprimer ces problèmes sociaux et injustices raciales dans le monde depuis Mohamed Ali." Quelques semaines plus tard, Nelly enchaîne dans l’émission Undisputed, sur Fox News Sports 1, en comparant "Kap" à Rosa Parks – une femme noire qui devint en 1955 l’une des figures de proue du mouvement des Droits civiques, en refusant de laisser sa place assise dans un bus à un passager blanc. Le geste de Kaepernick a reçu le soutien de nombreuses personnalités, de Barack Obama à l’ancien basketteur Kareem Abdul-Jabbar, en passant par la footballeuse Megan Rapinoe, qui l’a suivi dans son kneeling.

Cependant du côté des réfractaires, on retrouve… Fat Joe. "Je suis contre les protestations contre l’hymne national. Des soldats sont morts en combattant pour notre liberté. Pourquoi leur manquer de respect ?", avait-il asséné sur Twitter, avant de supprimer ses messages.

Une polémique partie pour durer

Malgré ses communiqués le défendant, la NFL semble avoir tourné son dos à Colin Kaepernick, qui est sans club depuis mars. Pour des raisons sportives ? La sphère du hip-hop n’y croit pas une seconde et le fait savoir à travers une nouvelle salve de soutiens publics. Le fidèle J. Cole est ainsi reparti au front, lors d’un concert à Baltimore, ville dont la franchise NFL des Ravens avait failli recruter le joueur, avant de se rétracter : "Baltimore, tu ne penses pas que quelqu’un devrait risquer toute sa vie pour parler de tout ce bordel ? Même si ça lui coûte de l’argent, son métier, sa vie ? Ça ne te fait pas penser à Colin Kaepernick ? Ça ne ressemble pas à ce qu’il est en train de faire ?", a interpellé Cole.

Cardi B s’est aussi exprimée lors des MTV VMA, fin août : "Colin Kaepernick, tant que tu t’agenouilles avec nous, nous nous lèverons pour toi, baby." Jay Z s’est rangé du côté du footballeur lors d’un festival, il y a une dizaine de jours. "Je veux dédicacer cette chanson pour Colin Kaepernick ce soir", a déclaré Hova avant d’interpréter "The Story of O.J.". Snoop Dogg – qui avait pourtant critiqué le sportif pour son admiration pour Fidel Castro – a aussi apporté son soutien dernièrement.

Les images des matches du week-end dernier ont montré que Colin Kaepernick pouvait compter sur toutes les ethnies – sans compter les nombreux autres matches de la NFL à venir, au cours desquels on pourrait continuer à voir des footballeurs protester. En outre, les BET Hip-Hop Awards 2017 approchent : c’est typiquement le genre de soirées pendant lesquelles l’actuel président a les oreilles qui sifflent. Actuellement, c’est (presque) tout le hip-hop américain qui est derrière Colin Kaepernick.