Par Ugo Bocchi

En 1968, c'était le Golden Globe Challenge. Ce dimanche 1er juillet, ce sera la Golden Globe Race. Si le mythique défi a connu de légers changements de patronyme, son principe ne change pas. Et encore moins pour son cinquantième anniversaire : dix-huit navigateurs vont s'affronter sur un tour du monde à la voile, dans des conditions proches de celles du début. En solitaire, sur des bateaux à l'ancienne et surtout sans technologie. 

Au départ, en 1968, ils étaient neuf. Mais un seul navigateur, Sir Robin Knox-Johnston, arrive à boucler son tour du globe. Un exploit (puisqu'il est le premier à faire un tour du monde à la voile, en solitaire et sans escale) que le marin anglais réalise en 313 jours. En ce qui concerne ses huit autres concurrents, quatre lâchent l'affaire avant de partir. Chay Blyth, le moins expérimenté, abandonne quant à lui après le Cap de Bonne-Espérance. Nigel Tetley, alors qu'il est en tête, sombre à quelques 1500 kilomètres de l'arrivée. Et puis, deux navigateurs vont rendre cette course mythique.

Bernard Moitessier, navigateur romantique français et également bien placé dans la course, dans un premier temps. En cours de route, il craque et change de cap. Il refuse de passer la ligne d'arrivée car il n'est pas vraiment fan de compétition et s'en va voguer, seul, en Polynésie. Il envoie alors, à l'aide d'un lance-pierre, un message sur un cargo : "Je continue sans escale vers les îles du Pacifique, parce que je suis heureux en mer, et peut-être aussi pour sauver mon âme."

Tragédie

Mais il y a eu aussi Donald Crowhurst, un homme d'affaires anglais et passionné de voile, qui participe au Golden Globe Challenge pour sauver son entreprise et remporter les 5000 livres sterling promis au vainqueur. Sauf que Donald, qui a notamment hypothéqué sa maison pour pouvoir prendre le départ, rencontre des galères dès la mise à l'eau. Il n'ira jamais plus loin que l'Atlantique et posera notamment le pied en Argentine, synonyme d'abandon. 

Mais Donald n'est pas du genre à s'avouer vaincu : il préfère tricher que de quitter l'aventure. Il reste flou quant à sa position, prétexte des pannes pour ne pas donner de nouvelles, écrit un faux journal de bord et continue de faire croire qu'il avance. Son projet ? Retraverser l'Atlantique au moment de l'arrivée et espérer que les organisateurs ne soient pas trop regardants concernant son parcours. En fait, ses écrits confirment qu'il avait sombré dans la folie et on retrouva son bateau, vide, durant l'été 1969. Selon toute vraisemblance, il s'est suicidé. Et la course, malgré cette tragédie, devient légende.

Lecteur de K7 et boussoles

Pour le retour du Golden Globe Challenge cinquante ans après (d'abord ressuscité en tant que Vendée Globe et puis aujourd'hui en tant que Golden Globe Race), dix-huit skippeurs s'élanceront dimanche des Sables d'Olonne. Parmi eux, entre autres, une femme, Susie Goodall, skippeuse britannique. Ou encore, quatre français : Jean-Luc Van Den Heede, Philippe Péché, Loïc Lepage et Antoine Cousot. Et tous ont tous accepté de faire ce tour du monde à l'ancienne, sur des bateaux ressemblant le plus possible à l'original, le Suhaili, celui de Sir Robin Knox-Johnston. Obligation d'avoir été conçu avant 1988, ne dépasse pas les onze mètres et sans nouvelles technologies facilitant la navigation. Pas de GPS, ni d'ordinateur par exemple. 

Dans ces conditions, les navigateurs espèrent retrouver les Sables d'Olonne après 250 jours, environ. Contre 74 jours pour le dernier Vendée Globe. Certains marins se sont vraiment pris au jeu et ont cherché des moyens de s'occuper tout ce temps-là. Lecture, cuisine ou encore musique, comme Antoine Cousot. Le Français a par exemple tuné son bateau avec un lecteur de K7, histoire de marquer un peu plus ce voyage dans le temps. En espérant, surtout, que cette Golden Globe Race se termine mieux que la première édition.