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© Julie Brunet

Dans les coulisses de l'école des arts du cirque de Rosny

Trois écoles en France délivrent le Diplôme National Supérieur Professionnel d’Artiste de cirque. L’école de Rosny-Sous-Bois, en fait partie.

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L'école propose une année préparatoire d’entrée aux concours et une première année de licence, les deux autres se déroulent au CNAC à Châlons-en-Champagne. Sur les 150 dossiers reçus et de multiples épreuves plus tard, seulement une quinzaine d'élèves sera retenue dans chaque promo. Un parcours du combattant pour ces athlètes accomplis, au cœur et à la tête bien accrochés.

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Une école pas comme les autres 

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Des devoirs, des horaires et des profs, jusque-là, tout va bien. Mais c’est sans compter sur la formation et le lieu inhabituel. Ici, ce n’est pas option économie ou option latin qu’il faut choisir, mais une spécialité avec ou sans agrès (trapèze, trampoline, roue Cyr, équilibres…). Des cours théoriques sont délivrés, entre 4 et 8 heures par semaine, le reste est consacré au travail physique. Une semaine de 35 heures « classiques » loin d’être de tout repos quand la préparation physique générale est un quotidien. Et même quand l’heure du retour à la maison a sonné, il y a les devoirs à faire. Jack, équilibriste chronique, explique le sourire aux lèvres : « le week-end, je vais souvent au 104 m’entrainer et voir ce que font les autres. Aller là-bas c’est un peu mes devoirs à la maison. Sinon, je fais des équi’ tout le temps, partout, c’est ça la vie d’équilibriste ! » Andrea, acrodanseur de formation, ne tarit pas d’éloges sur les enseignants. « C’est une équipe en or. Certains ont un niveau olympique, d’autres, mondial, d’autres, européen… c’est d’enfer ! Avec tout ce qu’on apprend, on ne peut qu’acquérir une bonne technicité ! »

Les trois A : Athlète, Acteur et surtout Artiste

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L’entrainement physique et l’apprentissage technique se trouvent au cœur des enseignements. Les moments de pause sont, pour beaucoup, réservés à la créativité. Comme pour Kim, à la roue Cyr : « il faudrait plus de moment de recherche créative. Sur scène, je trouve plus important de voir l’artiste et sa création. Ce que j’aime c’est la touche « réelle », le côté humain et imparfait de la personne. Or, on nous apprend à montrer que la prouesse est « facile » et le mouvement, parfait. » Poids de corps, transfert de poids, gainage, une rigueur d’entrainement commune, un exercice commun mais propre à chacun et à sa spécialité. Pour elle, c’est la singularité qui prime, « même si on apprend ou produit les mêmes mouvements, il y aura toujours quelque chose de différent, même entre deux personnes qui font le même agrès. » A droite, à gauche, par terre, en équilibre, dans les airs, le mouvement est partout sous le chapiteau. Quelque soit la spécialité, il faut de l’audace pour s’élancer. À dix mètres au-dessus du sol, perchée sur son trapèze ballant, Elena répète inlassablement la même figure. Patrick, son professeur, assure la sécurité et hurle pour qu’elle entende : « relâche ! Mets en tension ! Trop tard ! Attends le prochain balancé ! » Autant de répétitions pour maîtriser les bases indispensables pour la suite. « C’est essentiel de connaître son corps, elle n’a pas le droit à l’erreur. Il faut qu’elle reste carrée dans son couloir si elle veut capter l’attention des gens en bas. »       

Une école de la vie

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Être en école de cirque ce n’est pas seulement de 8h30 à 17h. Consciemment ou inconsciemment, c’est y penser tout le temps, presque dans chaque geste du quotidien ou dans chaque action. Victoria et Theresa en sont convaincues: « c’est être dans un magasin de vêtements et se dire que ce pantalon serait super pour un prochain spectacle ! Ou bien faire une colonne à deux pour changer une ampoule. » Effectivement, c’est bien plus facile que de prendre une chaise ! « Dans la vie de tous les jours j’imagine tout le temps un max de choses : comment détourner les objets, comment grimper pour aller chercher quelque chose en haut de l’armoire… tout est prétexte à jouer. La rue est aussi un excellent terrain de jeux : imiter une démarche, une façon de parler, des regards... » Le fait de vivre en colocation crée aussi des liens forts « on parle, on mange, on dort cirque. Parfois ça fait beaucoup mais en même temps c’est une expérience unique. » Ces deux spécialistes de la corde molle aiment se poser n’importe où pour s’entrainer, entre deux arbres ou deux lampadaires, c’est l’expérimentation qui compte. Ce qui plaît à Theresa, c’est le côté méditatif et l’instant présent. Pour Victoria, c’est l’adrénaline et l’incertitude de savoir si cela va fonctionner.

C’est donc peut-être ça le secret des artistes de cirque, être en perpétuel déséquilibre pour trouver son propre équilibre dans un corps sans cesse en suspens ; sans cesse à la recherche du point exact entre le contrôle et la chute.

Pour plus de renseignements: https://www.enacr.com/

Par Asics, publié le 04/01/2019

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